familles monoparentales

Publié le par Pauline Tattevin

Élisabeth: « On adapte la vie, les rêves aussi. »

« Ce qui me pèse le plus, c’est de me demander combien de temps encore je vais porter ça. » Ça, c’est un dossier de surendettement que Élisabeth (1), la quarantaine, a hérité de son mariage.
Elle attend la fin d’une procédure de divorce, entamée à l’automne 2006, et vit désormais seule, avec ses quatre enfants, âgés de 9 à 18 ans.

C’est surtout à cause de gros problèmes d’argent que son couple a explosé: « Il fallait que je me sépare pour mettre à l’abri mes enfants, matériellement. »
Élisabeth ne touche pas de pension alimentaire, mais, contrairement à d’autres mères célibataires, elle a un salaire. Voyant les feuilles d’impayés s’accumuler sur le bureau conjugal pendant dix-huit ans de mariage, cette « femme au foyer » (son mari n’a jamais souhaité qu’elle travaille), a en effet suivi des formations et elle a repris du service, il y a quatre ans.

Technicienne d’intervention sociale familiale, elle s’occupe de personnes dans son cas, au sein d’une association. Elle gagne environ 1 100 € par mois, touche des allocations pour ses quatre enfants et l’ASF (Allocation solidarité familiale). Mais elle a quand même dû augmenter son temps de travail pour subvenir aux besoins de sa famille.

Le souci du logement

Élisabeth enchaîne les cigarettes. « Il y a des moments de découragement, de grosse fatigue. » Son principal souci, c’est le logement. Le pavillon qu’elle louait avec son ex-mari (depuis la séparation, lui-même a habité chez des amis, avant de loger chez sa nouvelle compagne), est en vente. Il faut trouver autre chose, avant la mi-octobre.

Sauf qu’avec un dossier de surendettement, les portes se ferment très vite, y compris du côté des organismes HLM. Élisabeth s’énerve doucement: « Si les HLM ne donnent pas de logement aux surendettés, je ne vois pas à qui ils vont en donner! D’autant plus que j’ai un salaire fixe! Certains jours, je me dis que j’aurais préféré toucher le RMI! »

Il y a des nuits de sueurs froides. Sans compter les enfants pour qui « c’est l’angoisse d’imaginer habiter en HLM. » Dans la vie quotidienne, tout est devenu plus compliqué. D’autant plus que Élisabeth n’a jamais passé le permis de conduire, pour des raisons financières. Alors, quand cette Bretonne d’adoption trouve deux minutes entre son travail et ses enfants, elle fait ses courses en scooter, ou se fait accompagner par une amie. Elle prend le bus quand elle se promène en famille.

Aujourd’hui, Élisabeth est résignée: « On adapte la vie, les rêves aussi. »  Bonne joueuse, elle a aussi de l’espoir. Car, « derrière les moments difficiles », elle voit déjà « la lumière. »

Pauline TATTEVIN.
publié dans Ouest-France, août 2007

(1) Le prénom a été changé

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