Libre de s'envoyer dans les airs

Publié le par Pauline Tattevin

   

 

 Quentin Smith, 42 ans, a fait tourner deux fois son hélicoptère autour du globe et obtenu le titre de champion du monde de voltige en 1992. Mais ses péripéties ont bien failli se terminer au fond de l’océan Antarctique. 

 
Il aurait pu naître dans un hélicoptère. Son père, Michaël Smith, un pilote de renom, l’a fait embarquer avec lui quand il a eu quatre ans et lui a transmis le virus.
« Je devais avoir cinq ou six ans, se rappelle Quentin. On a survolé une vingtaine de maisons. Et puis d’autres, toujours plus… C’était si énorme que je me demandais jusqu’où elles s’étendaient. J’ai continué à voler et je me suis dit : wahou ! N’y a-t-il pas de limites? Je me suis dit alors que je voulais faire le tour du monde. »

 Mais le jeune garçon ne s’est pas tout de suite transformé en champion. Intéressé par la mécanique, titulaire d’un diplôme en sciences physiques, Quentin a d’abord tenté de trouver « un travail normal », dans une banque londonienne.

Sa passion l’a rattrapé.  « C’est devenu une passion, explique-t-il, quand j’ai compris que les gens normaux étaient emprisonnés sur terre. Voler en hélicoptère, c’est comme atteindre la liberté. Il n’y a aucune barrière dans le ciel. »

Q. (prononcer « kiou », c’est son surnom officiel) n’a pas le gabarit d’un héros de cinéma. Pourtant, derrière ses yeux bleus perçant, sa barbe rousse qui fait écho à une moustache soignée, son accent londonien et son sourire malicieux, se cache un croqueur de sensations qui a flirté plusieurs fois avec le paradis des hélicoptères.

Sacré champion du monde de voltige en 1994, il a été le premier à faire le tour du monde avec un Robinson R44 (un hélicoptère de petite taille).
Il se souvient : « En 1996, avec ma coéquipière de l’époque, nous nous sommes posés sur le point le plus au nord de l’Europe. On avait l’impression que si on continuait à voler, on dépasserait l’horizon ! »

Simplement passionné, il considère que la folie ne réside pas dans le fait de réaliser ce genre d’exploit, mais dans celui de ne pas les tenter alors qu’on en a l’occasion : « Est-ce que tu fais le choix de vivre d’abord ou bien tu passes ta vie à mourir lentement ? » Q. a choisi son camp. En octobre 2002, il a planté l’Union Jack sur la banquise du pôle Nord et il a atteint le pôle Sud en janvier 2005.

   « J’étais sûr que nous allions mourir »

  Il a pourtant failli ne jamais atteindre son but. Début 2003, Q. et son ami Steve Brooks, un entrepreneur londonien lui aussi passionné d’hélicoptères et de découvertes, ont tenté une première fois de rejoindre le pôle Sud. Mais le 27 janvier, suite à un problème technique, leur Robinson R44 plonge dans l’Antarctique, à plus de six cents kilomètres du Sud du Cap Horn.

« Quand l’hélicoptère s’est abîmé dans l’océan, raconte Q., j’étais complètement calme. J’étais absolument certain que Steve et moi allions mourir. Personne ne survit à un crash d’hélicoptère. »  De fait, après un amerrissage forcé, les deux hommes ont passé dix heures sur un radeau, entourés par l’eau glacée.

Ils ont finalement été récupérés par la marine chilienne grâce à un appel de Steve à sa femme et à un signal d’alerte lancé à partir de leur montres Breitling.
Un sourire au coin des lèvres, Q. dresse une surprenante analyse de ces quelques heures passées aux frontières de la mort : « Bizarrement, c’était assez plaisant de vivre ses dernières heures… »

Le pilote peut s’avérer aussi enthousiaste que sérieux et grave. Il avoue avoir été ébranlé par un article de presse paru dans Le Guardian le lendemain du drame, qui décrivait « deux gamins jouant avec le feu », et par l’ingratitude de certaines personnes du milieu après l’accident. « Nous avons survécu malgré les conditions et parce que nous avions le matériel adéquat », précise-t-il.

Très entier dans ses prises de position, le champion n’est pas pour autant un grand inconscient. Il est d’ailleurs instructeur et examinateur dans le cadre de la compagnie d’hélicoptères familiale, « Heliair ».

Pour Q. : « Un bon pilote doit ne pas se fourvoyer et être tout à fait conscient de ses capacités. Si je devais donner un conseil à un jeune pilote, ce serait : va tout doucement, et prudemment. Tu risques vraiment ta vie. »

Pauline Tattevin

  19 janvier 2007

 

Publié dans Actu

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