Philippe Besson jette l'encre

Publié le par Pauline Tattevin

"Le fait qu'on dise que j'écris trop m'enchante." Tenons-le nous pour dit. Depuis la sortie de son premier ouvrage en 2001, Philippe Besson en a déjà publié six, que des succès. Rien pourtant ne l'y prédestinait . Des études dans une école de commerce, un parcours de jusriste puis un bout de chemin dans l'enseignement,...

C'est sa passion pour l'écriture de lettres qui lui donne l'envie d'un premier roman. Et en 2000, le manuscrit d'"En l'absence des hommes", tout simplement envoyé par La Poste, est accepté par plusieurs éditeurs. Un exploit pour un "béotien", quelqu'un qui n'était pas du métier et qui s'engage sur la voie de son "joli conte de fées", tourbillon d'interviews, de plateaux télé et d'adaptations ciné.


Cela dit, pas de panique, l'auteur garde la tête froide: "À mon âge, je suis trop vieux pour exploser encore... Pourtant ça doit être drôle de jouer les starlettes!" Il se dit très content de ce qui lui arrive, car "(sa) liberté dépend entièrement du regard des autres", bien qu'il s'avoue parfois décontenancé par "les côtés plus pervers du métier".

 
Philippe Besson est un "raconteur d'histoires" qui récuse l'autofiction, l'autobiographie, même si, pour citer Jean d'Ormesson, "écrire un roman, c'est toujours inventer une histoire avec ses propres souvenirs". Attention toutefois à bien marquer la frontière entre "vérité intime" et vie privée. Cette dernière ne regarde que lui.


"Les livres sont des objets vivants"


Ses histoires, il les invente de toutes pièces, il les planifie. Il n'a par exemple jamais mis les pieds à Falmouth, petit village de Cornouailles où se déroule l'intrigue de son dernier bébé. Il ne s'était jamais rendu non plus à Charleville, berceau de Rimbaud et des "Jours fragiles". Cet amoureux des voyages n'a pas écrit sur New York, Buenos Aires ou Toronto, où il a pourtant vécu.

Il refuse d'être "corseté" et préfère que les lieux lui échappent. L'atmosphère qu'il construit "à l'aide de détails" lui importe plus que la géographie. La brume de Falmouth, ses bateaux, son remblai, il les a imaginés. Et pourquoi cela poserait-il problème puisqu'au moins "92 000 villes dans le monde" sont bâties sur le même modèle ! Besson préfère trouver son inspiration dans les regards, les gestes, "les phrases de presque rien".


Dès lors, c'est au lecteur de remplir les blancs, de continuer l'histoire: "Les livres son des objets vivants. La preuve: quand on publie un roman, les lecteurs y trouvent un écho à leur propre expérience, à leur intimité".


Explorateur de la complexité des sentiments, Philippe Besson n'est pas un "romancier à thèse" mais plutôt "un écrivain du sensible, de l'émotion" qui entend se glisser dans la peau des ses personnages. Avec "Un instant d'abandon", il a choisi d'enfiler celle d'un anti-héros qu'il rend attachant en captant "ces quelques secondes d'existence" où l'on est confronté à la mort, à la séparation, à l'absence ou au manque.

Explorateur de la complexité des sentiments, Philippe Besson n'est pas un mais plutôt qui entend se glisser dans la peau des ses personnages. Avec "Un instant d'abandon", il a choisi d'enfiler celle d'un anti-héros qu'il rend attachant en captant "ces quelques secondes d'existence" où l'on est confronté à la mort, à la séparation, à l'absence ou au manque.


Besson tisse son oeuvre à partir de contrastes, aime faire remarquer que les endroits les plus fermés peuvent être ceux d'une plus grande délivrance. Et s'attache finalement à bâtir d'étonnants retournements de situation. Parce qu'il "trouve assez drôle de semer des cailloux blancs dans le livre" sans pour autant "donner au lecteur la fin qu'il avait imaginée".

Don d'énergie et de solitude


À ceux qui se demandent encore comment il peut écrire un roman par an, il concède que cela exige beaucoup d'énergie et de solitude - un silence qu'il conquiert la nuit, "entre 23 heures et 3 ou 4 heures du matin".


Il paraît un peu gêné, enfin, lorsqu'on évoque Marguerite Duras. Alors que personne n'ignore qu'il en est "fan", et que toute son oeuvre à lui est influencé par son travail à elle. "Un héritage quand même lourd à porter quand on n'a pas son talent."
Pour quelqu'un qui décrit des trajectoires humaines plutôt torturées, il se révèle enthousiaste, intéressant, drôle souvent. Peut-être parce que, selon ses propres termes, Philippe Besson est "un vrai schizophrène", qui revient dans la vraie vie quand il pose son stylo. Ce qui, heureusement pour lui, lui arrive souvent. Dommage pour nous.

Pour quelqu'un qui décrit des trajectoires humaines plutôt torturées, il se révèle enthousiaste, intéressant, drôle souvent. Peut-être parce que, selon ses propres termes, Philippe Besson est qui revient dans la vraie vie quand il pose son stylo. Ce qui, heureusement pour lui, lui arrive souvent. Dommage pour nous.


/Article paru dans Paris-Match, rubrique "Livres", en septembre 2005./

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