Le Tour de Maud [Fontenoy]

Publié le par Pauline Tattevin

Le 14 mars 2007, Maud Fontenoy a bouclé un tour de l'hémisphère sud à la voile, contre les vents, les courants dominants et le toubillon des médias. Femme de coeur au caractèe bien trempé, elle défend becs et ongles une épopée controversée. 

- (écrit en 2007 pour le Centre de formation des journalistes)

 

 

Le Cap Horn semble déjà loin. Pas de veste de quart à l'horizon, c'est une jeune femme très élégante, vêtue d'un long manteau framboise et de petites ballerines noires qui entre dans le hall de TF1.

Seul un sac à dos assorti à la gabardine donne un petit côté "sportswear" à Maud Fontenoy. Une bise amicale et un coup de fil en réponse à un message répondeur. La navigatrice se transforme en femme d'affaires. Sa voix est claire et décidée. Elle discute prix, nombre de pages et contenu pour l'ouvrage à paraître en novembre prochain, qui retracera son tour de l'hémisphère sud à l'envers à la voile. Voilà trois semaines que Maud a débarqué de son bateau L'Oréal, après avoir pasé 151 jours en mer. Partie de la Réunion le 15 octobre, elle a doublé trois caps, dépassé les 40è rugissants, les 50è hurlants, remâté son monocoque dans l'Océan Indien... "J'avais besoin de faire un break, explique-t-elle tranquillement. Je voulais assumer mes qualités, mes défauts, me connaître parfaitement pour pouvoir m'ouvrir aux autres ensuite." Les autres, ces "humains", les enfants, qu'elle évoque à longueur de phrases et à qui elle a voulu prouver que rien n'est impossible, pour peu qu'on ait le courage et la force de se lancer.

Maud Fontenoy a grandi au bruit des vagues. Embarquée à 7 jours dans la goélette de ses parents, elle a caboté dans l'Atlantique jusqu'aux Antilles pendant les quinze premières année de sa vie. A 29 ans, après avoir battu deux records à la rame et réalisé son dernier périple à la voile, elle dit, tout sourire, s'être enfin trouvée.

 

 

 "Il y a celui ou celle qui a fait quelque chose de rare ou d'unique, et le reste du monde."

 

 Le 14 mars, elle a regagné le plancher des vaches, ses "proches, une douche, un lit chaud, de l'eau qui n'a pas le goût de jerricane..." et une polémique déclenchée par un titre du Journal du Dimanche: "Sportivement, [l'exploit] est nul". Attribués à Jean-Luc Van den Heede (VDH), ces propos ont été mal compris. Le célèbre navigateur, ex propriétaire du voilier de Maud, précise: "J'ai dit qu'au niveau de la "performance" sportive, c'était nul. Puisqu'il s'agissait pour moi d'une aventure et pas d'une tentative pour établir un record."

De fait, la navigatrice n'a pas fait "un tour du monde", comme l'annoncait son dossier de presse. Elle n'a pas franchi l'Equateur ni parcouru les 21 600 miles (environ 40 300 km) requis par le World Speed Sailing Council (l'organisme mondial qui valide les records). L'exploit a été réalisé en 2006 par la britannique Dee Caffari. Les critiques ont fusé.

Installée dans un fauteuil, jambes croisées, la jeune femme est déstabilisée: "Cette polémique m'a fait de la peine. C'est ridicule, parce que je n'ai jamais voulu battre de record! Moi, je suis partie pour réaliser une expérience humaine et pour transmettre mes valeurs."

L'équipe de Dee Caffari, fair play, exprime un "énorme respect et de l'admiration" pour Maud: "Naviguer seule dans de telles conditions, si longtemps, est extraordinaire. Ca demande beaucoup d'attention et de détermination."

Pour Gérard d'Aboville, qui a traversé deux océans à la rame, "tout événements engendre des critiques. Dans ce cas là, il y a celui ou celle qui fait quelque chose de rare ou d'unique, et le reste du monde. Celui ou celle qui a fait quelque chose est le seul à savoir qu'elles étaient les vraies difficultés. S'il est sincère, peu importent les critiques émanant du reste du monde." Fin de la polémique.

 

"Je vais au salon nautique en talons!"

 

Reste que Maud Fontenoy fait figure d'ovni dans le monde de la voile. Elle n'est pas née sur les côtes bretonnes ou varoises mais sur les bords de Seine. Elle ne court pas les compétitions, préférant "véhiculer d'autres choses. L'important c'est d'aller au but, peu importe le temps qu'on met." Et puis c'est une femme. Maud passe sa main dans ses cheveux blonds, lance un petit sourire: "Moi, je suis un peu une caricature... Je suis une fille, mais une fille féminine, qui l'assume. En plus, je me fais sponsoriser par L'Oréal! Pour mon dernier projet, on m'attendait au tournant. Ma victoire est aussi une victoire sur ceux qui n'y croyaient pas." Un bonbon à la menthe rapporté de la Réunion dans la bouche, la jeune femme ne mâche pas ses mots: "Je vais au salon nautique en talons. Bien sûr, si j'y allais en veste de quart et pas lavée, je passerai plus inaperçue! J'assumerai jusqu'au bout qu'on peut être féminine, même en mer!" Bonne pioche pour L'Oréal. La jeune femme est prolixe sur les vertus des shampoings et produits de beauté du groupe.

C'est elle, très professionnelle, qui démarche ses sponsors et entretient "sérieusement" ses relations. Elle a des convictions. Il y a quelques années, elle a créé une association pour faire naviguer des jeunes de banlieue sur des vieux gréements. Elle travaille régulièrement avec des enfants d'école primaire pour leur parler de courage et d'écologie. Patrick Poivre d'Arvor, le parrain de son bateau, est admiratif: "C'est une fille très volontaire, très courageuse, très sensible aussi. Son dernier défi était magnifique". VDH souligne sa "capacité mentale". Aux yeux de sa mère, Maud Fontenoy a "des qualités de management et un charisme qui font bouger les choses. C'est un moteur extraordinaire." Un journaliste a dit un jour qu'elle avait "un caractère de cochon." En fait, elle a les qualités de ses défauts, précise Chantal Fontenoy. Opiniâtre, tenace, elle ne lâche jamais." Petite, Maud Fontenoy voulait être "businesswoman". Aujourd'hui, elle enchaîne les projets: un livre, un film, un tour de France à la voile pour les jeunes cet été... "Et après: neuf mois de gestation ... et un bébé!" Elle repartira sur l'eau, mais pas en solitaire. En attendant, elle gagne sa vie en donnant des conférences en entreprises et pourrait travailler à la radio. La jeune femme regarde sa montre. Ce soir, elle met le cap sur un bon restaurant. Ou elle dîne avec PPDA.

 

Pauline Tattevin - écrit en 2007 pour le Centre de formation des journalistes//

 

Maud Fontenoy en 7 dates:

 

7 sept 1977: naissance à Meaux (Seine et Marne)

1992: Fin de quinze ans de cabotage sur la goélette familiale

2003: traversée de l'Atlantique nord à la rame

2005: traversée du Pacifique à la rame

15 oct 2006: départ de la Réunion

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